Langage des signes : histoire, utilité et enjeux d’une langue souvent méconnue
Lorsque l’on évoque le langage des signes, beaucoup pensent immédiatement aux personnes sourdes ou malentendantes. Pourtant, cette langue visuelle et gestuelle concerne bien davantage de monde qu’on ne l’imagine.
Dans une société où la communication occupe une place centrale, apprendre quelques signes ou s’initier à la langue des signes pourrait contribuer à rendre les échanges plus accessibles, plus respectueux et plus inclusifs. Il ne s’agit pas de remplacer la parole ni d’opposer différentes façons de communiquer. L’objectif est plutôt d’offrir à chacun la possibilité de s’exprimer et d’être compris, quelles que soient ses capacités auditives ou vocales.
La langue des signes représente bien plus qu’un simple outil de communication. Elle constitue une langue à part entière, porteuse d’une histoire, d’une culture et d’une richesse humaine souvent méconnues.
Qu’est-ce que le langage des signes ?
Le terme « langage des signes » est largement utilisé dans le langage courant. Toutefois, les spécialistes préfèrent parler de « langue des signes ».
Cette nuance est importante. Une langue possède sa propre grammaire, sa syntaxe et ses règles linguistiques. La langue des signes n’est donc pas une traduction mot à mot du français ou d’une autre langue orale. Elle dispose d’une structure qui lui est propre.
La communication s’appuie sur plusieurs éléments :- les mouvements des mains ;
- l’expression du visage ;
- la position du corps ;
- l’espace utilisé autour du locuteur.
L’ensemble de ces éléments forme une langue complète, capable d’exprimer aussi bien des informations simples que des concepts complexes, des émotions ou des idées abstraites.
L’histoire de la langue des signes
Les formes de communication gestuelle existent depuis des siècles. Des traces de systèmes de signes sont observées dans différentes civilisations anciennes.
En France, l’histoire moderne de la langue des signes est étroitement liée à l’action de Charles-Michel de l’Épée. Au XVIIIe siècle, ce prêtre français rencontre deux jeunes sœurs sourdes qui communiquent à l’aide de gestes. Convaincu que les personnes sourdes ont droit à l’éducation comme tout le monde, il développe une méthode d’enseignement fondée sur les signes.
Il crée alors l’une des premières écoles destinées aux personnes sourdes. Son travail contribue fortement à la diffusion et à la reconnaissance de la langue des signes en France.
Cependant, cette avancée connaît un sérieux recul à la fin du XIXe siècle. Lors du Congrès de Milan de 1880, l’enseignement oral est privilégié au détriment des langues des signes. Dans de nombreux pays, celles-ci sont interdites dans les établissements scolaires.
Pendant près d’un siècle, de nombreuses personnes sourdes continuent pourtant à transmettre leur langue et leur culture au sein de leur communauté.
La reconnaissance officielle revient progressivement. En France, la Langue des Signes Française (LSF) est officiellement reconnue comme une langue à part entière depuis 2005 (seulement !!!).
Langue des signes française, internationale et autres langues signées
Une idée reçue très répandue consiste à penser qu’il existe une langue des signes universelle. La réalité est plus complexe. Comme les langues parlées, les langues signées varient selon les pays et les cultures.
La Langue des Signes Française (LSF) est utilisée principalement en France. Aux États-Unis, on retrouve l’American Sign Language (ASL). Le Royaume-Uni possède sa propre langue des signes, tout comme l’Allemagne, l’Espagne ou encore le Japon.
Certaines langues des signes présentent des ressemblances historiques, tandis que d’autres sont très différentes.
Il existe également une forme de communication appelée « International Sign ». Elle est parfois utilisée lors de rencontres internationales ou d’événements mondiaux. Elle facilite les échanges entre personnes sourdes de différentes nationalités sans constituer une langue maternelle à proprement parler.
Cette diversité rappelle que les langues des signes sont de véritables langues vivantes, façonnées par l’histoire et les cultures locales.

Pourquoi il serait bénéfique que davantage de personnes apprennent la langue des signes
Imaginer une société où chacun connaît quelques notions de langue des signes n’a rien d’utopique. Les bénéfices seraient nombreux.
Favoriser l’inclusion
Pour une personne sourde ou malentendante, rencontrer quelqu’un capable de signer, même modestement, peut transformer une interaction ordinaire.
Commander dans un magasin, demander un renseignement, participer à une activité ou simplement engager une conversation devient beaucoup plus simple.
Réduire l’isolement
L’isolement reste l’une des difficultés rencontrées par de nombreuses personnes souffrant de troubles auditifs. Lorsque la communication devient compliquée, certaines personnes finissent par éviter certaines situations sociales.
La diffusion plus large de la langue des signes pourrait contribuer à réduire ces barrières invisibles.
Faciliter la communication dès l’enfance
Chez certains enfants présentant une surdité ou des difficultés d’élocution, la langue des signes peut offrir un moyen de communication rapide avant même que l’oralisation ne soit pleinement acquise.
Cette possibilité permet souvent de limiter les frustrations liées à l’impossibilité de se faire comprendre.
Chez l’enfant, l’apprentissage se fait « module par module » (c’est un peu résumé mais c’est l’idée). Il est donc possible que s’il apprend à marcher ou s’il fait ses dents, il soit un peu plus lent sur l’apprentissage de l’oralisation. Le signage bébé peut aussi aider et accompagner l’enfant.
Développer l’attention et l’empathie
Signer implique d’observer attentivement son interlocuteur. Le regard, les expressions du visage et le langage corporel prennent une importance particulière.
Cette pratique encourage une communication plus attentive et souvent plus respectueuse.
Une utilité au quotidien
La langue des signes peut également être utile dans des situations très ordinaires :
- dans un environnement bruyant ;
- lors d’un spectacle ;
- dans une bibliothèque ;
- à distance derrière une vitre ;
- dans certaines situations d’urgence.
Langue des signes et oralisation : des approches complémentaires
Pendant longtemps, les débats ont parfois opposé oralisation et langue des signes. Aujourd’hui, de nombreux spécialistes considèrent au contraire que ces approches peuvent être complémentaires.
Certaines personnes sourdes utilisent principalement la parole. D’autres privilégient la langue des signes. Beaucoup combinent les deux selon les contextes.
L’objectif ne devrait pas être de choisir entre l’un ou l’autre, mais de permettre à chacun de disposer des outils de communication qui lui conviennent.
La langue des signes n’empêche pas l’apprentissage de la parole. Elle peut même constituer une étape précieuse permettant à certaines personnes de communiquer rapidement tout en poursuivant d’autres apprentissages.
La culture sourde : un patrimoine riche et vivant
La langue des signes est intimement liée à la culture sourde.
Cette culture possède ses propres références, son humour, ses traditions et ses formes artistiques. De nombreux festivals, spectacles, conférences et événements permettent aujourd’hui de découvrir cette richesse culturelle. Comprendre la langue des signes, c’est également découvrir une autre manière d’appréhender le monde.
Cette ouverture favorise le respect mutuel et contribue à lutter contre les préjugés encore présents.
Le langage des signes au cinéma
Le cinéma a largement contribué à faire connaître la réalité vécue par les personnes sourdes.
Films français à découvrir
Films internationaux marquants
- CODA
- Les enfants du silence
- Sound of Metal
- The Silent Child
- The Tribe
- A Silent Voice – film d’animation japonais
Ces œuvres permettent de mieux comprendre les réalités, les défis et les richesses de la communauté sourde à travers différents regards culturels.
Comment débuter en langue des signes aujourd’hui ?
Apprendre la langue des signes est devenu plus accessible qu’auparavant.
Plusieurs possibilités existent :- les associations spécialisées ;
- les centres de formation ;
- les cours en ligne ;
- les ateliers municipaux ;
- les vidéos pédagogiques ;
- les réseaux sociaux.
Quelques minutes d’apprentissage régulier suffisent souvent pour acquérir progressivement un vocabulaire de base. L’essentiel reste la pratique et la rencontre avec des personnes qui utilisent réellement la langue des signes au quotidien.
La langue des signes ne concerne pas uniquement les personnes sourdes ou malentendantes. Elle représente une formidable opportunité de rendre notre société plus accessible, plus inclusive et plus attentive aux besoins de chacun.
Apprendre quelques signes ne demande pas forcément un investissement considérable. En revanche, cela peut avoir un impact important sur la qualité des échanges et sur le sentiment d’appartenance des personnes qui se trouvent trop souvent confrontées à des obstacles de communication.
Dans un monde où l’on parle beaucoup d’inclusion, la langue des signes offre une action concrète à la portée de tous. Elle nous rappelle qu’une société véritablement ouverte est une société qui cherche à comprendre chacun de ses membres plutôt qu’à laisser certains d’entre eux sur le bord du chemin.
Tout comme on bredouille 3 mots d’anglais ou d’une autre langue quand on rencontre une personne qui ne parle pas notre langue, on peut faire la même chose avec la langue des signes.
Groupes Instagram
Quelques exemples :- Les animaux
- Les fruits et légumes
- Les insultes ou ici
- La différence entre bébé signe, français signé, la langue des signes
Application pour apprendre
- Anna : Langue des signes (sur Android)
- C’est le Duolingo de la langue des signes
Jeux
- J’apprends la langue des signes en jouant
- Les Flashcards de la langue des signes française pour les Nuls
